Les Biocarburants

Projet ou avenir ?

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Interview

GreenPeace

Jérôme Frignet

Jérôme Frignet, responsable fôret chez GreenPeace a accepté dernièrement de répondre à quelques questions.
Voici son message.

Bonjour,

Félicitations, vous avez choisi un beau sujet de société, qui recoupe des questions transversales et essentielles telles que la préservation de la biodiversité, la sécurité alimentaire dans les pays en développement, le modèle agricole, les changements climatiques, la sécurité énergétique… Rien que cela!
Mes (rapides) réponses à vos questions dans le texte ci-dessous :

1) Sont-ils, en matière d’émission de gaz CO2, plus écologiques que les carburants ordinaires ? (De leur production jusqu’à leur utilisation)

Non! Certaines filières, en particulier la filière éthanol européenne (mais, blé, betteraves) sont très peu efficaces du pt de vue énergétique (le processus de transformation chimique consomme bcp d’énergie) et posent des pb d’utilisation dans les moteurs de véhicules particuliers (ils remplacent l’essence), qui limitent leur utilisation, et nécessite
des adjonctions de produits fossiles, comme dans l’ETBE, qui afaiblissent encore leurs bilans. D’autres filières sont a priori plus efficaces du point de vue énergétique (biodiesel, ethanol de canne à sucre), mais à grande échelle (culture industrielle), ces agrocarburants posent le pb de la concurrence dans l’usage du sol. Soit parce que leur faible rendement énergétique nécessite de grandes surfaces (colza), soit parce que leur culture se concentre dans des pays où la déforestation est déjà un pb majeur qu’ils contribuent à amplifier directement (huile de palme en Indonésie) ou indirectement (canne à sucre au Brésil). Dans le cas de l’huile de palme, la “dette carbone” entraînée par la déforestation initiale du futur champ de palmier représente l’équivalent de plusieurs centaines d’années de “gain” théorique lié à l’utilisation de l’agrocarburant. Alors que la durée de vie d’une plantation est de 25 ans!

2) Que Greenpeace France suggère-t-il pour palier les problèmes dus aux biocarburants ?

Il faut limiter l’utilisation des agrocarburants à des cas spécifiques de cycle court (local) : ex: utilisation d’huile brute végétale (agrodiesel le plus efficace car nécessitant très peu d’apport énergétique dans sa production) pour faire fonctionner l’équipement motorisé de l’exploitation agricole. Il faut surtout renoncer au développement industriel des agrocarburants, mettre un terme aux subventions et objectifs contraignants (obj 10% en France et UE). Bref, en finir avec cette “fausse bonne idée”. La biomasse peut être utilisée à des fins énergétique, mais son utilisation la plus efficace est la co-génération production d’électricté/chauffage à petit échelle et distribution locale (au niveau de l’exploitation ou de la petite ville), en évitant le processus énergivore de transformation en carburant liquide et utilisable dans des moteurs “sophistiqués”.

3) Quels sont les débats engagés par Greenpeace au sein des gouvernements ?

Attaquer les objectifs d’incorporation contraignants (10%) et les dispositifs d’incitations, au niveau européen, français, US, etc. Renforcer les critères environnementaux et sociaux établis au niveau européen et applicables à l’importation de biomasse (ou agrocarburants) à des fins énergétiques.

Nous avons pris connaissance des biocarburants de 3ème génération, obtenus grâce aux microalgues. Ces derniers sont très “côtés” par les spécialistes, mais dissimulent-ils une contrainte particulière, à la manière des biocarburants de générations précédentes ?

Ces technologies ne sont pas “mûres” aujourd’hui, car les coûts sont très élevés. Il y a des mesures plus urgentes à prendre que de tabler (et donc investir) sur une hypothétique compétivité futures de ces technologies, comme les mesures d’efficacité (réduction de la consommation) et développement d’énergies propres ou renouvelables (éolien, solaire, géothermique, biomasse non liquidifiée, etc.). Les solutions viables et éprouvées existent, investir des sommes importantes dans des technologies non prouvées n’est pas forcément une bonne idée (l’histoire des sciences et de l’industrie est remplie d’exemple de technologie “miracles” sur le papier qui n’ont jamais tenues leurs promesses hors du laboratoire… on appelle cela des impasses technologiques).
En plus, on n’a pas trop de visibilité sur les effets pervers d’un éventuel dvpt industriel de ces technologies (pollution, consommation excessive d’eau, etc.). Il ne faut pas oublier qu’il y a qq années, les agrocarburants de 1ere génération étaient eux-mêmes présentés comme la solution miracle, et on du coup bénéficier d’investissements disproportionnés, au détriment de meilleures solutions…


Jérôme Frignet
Campagne Forêt
Greenpeace France

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